Camp de Thiaroye, Ousmane Sembene, Dakar 1987.

 

Ousmane Sembène, Camp de Thiaroye Sénégal (1987), 150 mn, couleurs, langue : français

Thème historique: le racisme ordinaire et l’ingratitude de la France envers ses défenseurs

Thème esthétique : la veine épique, la reconstitution symbolique

Le réalisateur

Né en 1923 en Casamance, Ousmane Sembène passe sa vie entre l’Afrique et la France. Mobilisé en 1942, il se bat pour la métropole en tant que «tirailleur sénégalais», une période dont il se souviendra dans plusieurs films.

Après la guerre, il retourne en France, s’engage politiquement, adhère au parti communiste et crée la première association des Sénégalais en France.

Au milieu des années 1950, il commence à écrire et va en Union soviétique faire des études de cinéma.

Après quelques courts métrages, il réalise en 1966 le premier long métrage africain par un cinéaste africain, La Noire de…

Suivent huit longs métrages qui font de lui un des premiers et des plus grands cinéastes du continent.

Le film

1. Distribution

Sidiki Bakaba Mohamed Camara Jean-Daniel Simon Marthe Mercadier

2. Intrigue

Ce film de fiction est la chronique d’événements réels de novembre 1944.

Accueillis en héros au Sénégal pour avoir participé à tous les combats pour la libération de la France, des «tirailleurs sénégalais» (mais aussi des soldats de tous les peuples des colonies françaises d’Afrique, Dahomey (Bénin), Soudan (Mali), Côte d’Ivoire, Oubangui-Chari (Tchad et Centrafrique), Togo, Gabon), dont beaucoup ont connu les camps de concentration nazis, sont parqués, «en attendant leur démobilisation», dans un camp de transit, le camp de Thiaroye.

Subissant les affronts successifs réservés aux colonisés qu’ils sont restés malgré leur engagement dans la guerre européenne, ils se mutinent au bout de quelque temps pour une question d’échange d’argent, mais en réalité pour des raisons beaucoup plus profondes.

Ces hommes riches de leur expérience, qui ont pris conscience de la valeur des mots tels que démocratie et liberté sont en effet considérés comme un danger. Cette révolte est noyée dans le sang, ces soldats sans armes sont exterminés sans pitié, après avoir libéré la France dans sa presque totalité.

 

3. Analyse

 

Le film de Sembène est présenté au Festival de Venise en 1988, où il obtient de nombreux prix. Fidèle à son projet d’un cinéma «épique, politique, populaire», Sembène parvient à retrouver une veine épique à partir de personnages qu’on voit peu à peu prendre chair avant leur écrasement par ceux qui leur refusent le statut d’êtres humains. En quelques plans, il situe d’emblée son sujet dans l’Histoire par le défilé en fanfare des tirailleurs débarquant au pas militaire, raides comme des jouets mécaniques, auquel succède l’image rapide d’un vieil homme, oncle d’un sergent noir, qui ignore la main tendue de l’officier blanc ami de ce sergent, parce que, trois ans auparavant, l’armée vichyste a rasé son village rebelle aux réquisitions.

Peu à peu, le bataillon se défait, des individualités se distinguent, une autre soli- darité, celle des «délégués» et non des robots marchant au canon, se forge. Une mutinerie éclate pour régler la question des indemnités. Aux derniers moments du film, les tirailleurs, croyant avoir gagné, se déchaînent dans une fête sans musiciens, en utilisant parfois des gamelles comme tambours pour les rythmes africains. C’est cette nuit-là dont vont profiter les chars d’assaut pour mettre en place les batteries de la mort qui vont détruire le camp et tuer les soldats.

4. Pistes pédagogiques

On fera apprécier la mise en scène en montrant comment, au fil du film, les soldats subissent toutes les humiliations: on leur retire les uniformes militaires qu’ils avaient pour les remplacer par une tenue plus ordinaire et un chapeau rouge identiques à ceux tristement popularisés par la publicité «y a bon banania», puis on refuse de leur payer leurs indemnités. Après le massacre, comme si l’humiliation n’était pas assez grande, une bonne partie des survivants sont condamnés à des peines de prison fermes pour «insubordination». Certains ont purgé des peines de deux voire trois ans d’emprisonnement, peu de temps après avoir passé quelques années dans les camps de concentration nazis. Le film d’Ousmane Sembène rappelle cet épisode tristement historique avec émotion. C’est un film historique majeur sur une période méconnue et peu glorieuse de l’histoire des relations franco-sénégalaises.

source : Anne Marie Baron, La Shoah à l’écran – Crimes contre l’humanité et représentation, éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg, 2004.

camp-de-thiaroye-image-du-film-de-sembe_ne-ousmane
Camp de Thiaroye en 1944

 

 

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