Aimé Césaire : Discours sur le colonialisme

Le procès implacable d’une Europe « indéfendable » pour avoir colonisé le monde au nom de la civilisation.

Né à Basse-Pointe en Martinique, d’un père fonctionnaire et d’une mère couturière, Aimé Césaire (1913-2008) obtient une bourse pour le lycée Louis-le-Grand où il prépare le concours de l’ENS, qu’il intègre en 1935.

A Paris, il rencontre des étudiants caribéens, guyanais et africains (dont Senghor), avec qui il fonde la revue L’Étudiant noir en 1935, creuset de la négritude.

Césaire achève l’écriture du Cahier d’un retour au pays natal en 1938, puis rentre en Martinique avec sa femme Suzanne.

Élu maire et député apparenté communiste de Fort-de-France en 1945, il rompt avec le PCF en 1956 puis fonde le Parti progressiste martiniquais.

Parallèlement, il poursuit son oeuvre littéraire (poésie, théâtre, essais), marquée par une réflexion sur l’homme noir et la colonisation, qui influence profondément les mouvements intellectuels et politiques de la diaspora noire.

La thèse

lirediscoursrectoLe Discours sur le colonialisme est publié pour la première fois en 1950 par Réclame, une petite maison d’édition liée au PCF.

Il est réédité cinq ans plus tard par Présence africaine, la maison d’édition anticoloniale fondée par le Sénégalais Alioune Diop.

Pamphlet vibrant, ce court texte dresse le procès de la colonisation en accusant une « Europe indéfendable » pour avoir colonisé le monde au nom de la civilisation.

Ce faisant, l’Europe s’est « ensauvagée » jusqu’à retourner ses crimes contre elle, avec le nazisme.

Césaire s’attaque aux arguments de la colonisation pour montrer qu’elle consiste en la « chosification » de millions d’êtres humains.

Il évoque la racine du mal : l’ordre racial du monde, et en appelle à la naissance d’une société nouvelle.

Il fustige tour à tour les «paternalistes », les « donneurs de tapes dans le dos », les «amateurs d’exotisme », bref les politiques et intellectuels français (un sort particulier est réservé à Octave Mannoni et Roger Caillois) qui veulent prolonger la société coloniale, « carne pourrie sous le soleil ».

aime-cesaire-depute-de-la-republique-1945Pour Césaire, la philosophie occidentale, qui se gargarise du mot d’humanisme, n’a jamais été aussi éloignée des « exigences d’un humanisme vrai ».

Pour autant, il ne faut pas se jeter dans les bras des États-Unis dans l’espoir de s’éloigner de la « grande dégueulasserie» de l’Europe : Césaire, en bon communiste, met en garde contre le grand capitalisme américain et ses machines qui « abrutissent les peuples ».

Seule la révolution prolétarienne sauvera l’Europe de ses ténèbres, avance-t-il.

Cependant le poète martiniquais demeure évasif sur les conditions de cette révolution, et ne parle pas des mouvements de décolonisation à l’oeuvre au début des années 1950.

Il s’agit moins, pour lui, de dessiner les contours des indépendances à venir que de dénoncer, avec virulence, la colonisation comme criminelle par essence.

Qu’en reste-t-il ?

Ce pamphlet incendiaire demeure un texte majeur de la littérature anticoloniale.

En 1950, alors que rien n’est encore définitivement joué de ce qui allait advenir de l’empire français, le Discours sonne comme une fin de non-recevoir adressée à ceux, majoritaires sans doute, qui voulaient le réformer plutôt que l’abroger.

Certes, beaucoup de passages du Discours sont aujourd’hui datés, comme celui qui assimile le nazisme à la violence coloniale. Et les coups de chapeau à l’Union soviétique sonnent bien étrangement au vu de la dimension coloniale du stalinisme et de l’européocentrisme des communistes.

Au vrai, Césaire s’éloigna du PCF quelques années après la publication de ce texte.

Il n’empêche, le cri de Césaire retentit encore : il rappelle le caractère proprement inhumain de la colonisation à ceux qui sont aujourd’hui tentés d’en comptabiliser les « aspects positifs ».

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s